La sous-traitance automobile, très présente dans notre région, profitera énormément du Plan innovant et volontaire, qu’a décidé de mettre en place le Gouvernement pour aider la filière automobile à sortir durablement de sa crise. C’est avec prudence et espoir que les Vosges accueillent ce Plan Montebourg.
« C’est le secteur automobile tout entier qui est concerné par la crise Peugeot ; ce ne se sont pas seulement l’usine d’Aulnay et les 8000 emplois supprimés qui sont en cause, c’est la capacité de l’automobile française d’exister demain dans la compétition internationale comme un secteur, qui révolutionne les conditions et le coût social et humain des déplacements individuels.
L’importance, en termes d’emplois, de ce pari de rénovation est considérable puisqu’un emploi automobile égale cinq emplois, et que les 8000 emplois supprimés chez Peugeot représentent un peu moins de 50.000 postes de travail détruits dans l’ensemble de la filière. La « maladie automobile » affecte d’ailleurs non seulement PSA (-21,6% de ses ventes en un an), mais également son concurrent Renault (-18,6% de ses ventes sur un an).
Ce n’est donc non pas d’un Etat réparateur mais d’un Etat stratège dont nous avons besoin après le renouvellement politique du 6 mai.
Pour mettre un terme à cette spirale infernale du déclin industriel, l’Etat doit changer radicalement son approche de l’industrie: l’intervention financière massive pour les véhicules hybrides et électriques (1,8 milliards d’euros), qui s’immisce dans la stratégie de l’entreprise elle-même, force la main d’un secteur, lorsque celui-ci ne sait plus saisir sa chance. L’Etat stratège, véritable coordonnateur de la puissance publique, renforce le dialogue social afin de tendre vers l’adhésion des salariés à la stratégie, du renouvellement, sans lequel il n’y aura pas de redressement productif.
C’est un peu le même état d’esprit que celui qui prévalait lorsque, dans les années 1960, on faisait du Plan un laboratoire d’idées et d’action pour préparer le futur. « L’ardente obligation » de l’époque, celle de l’intelligence créatrice redonne le « la » d’une industrie française, qu’on a laissé s’essouffler depuis une dizaine d’années. Afin d’accompagner ce mouvement de pérennisation de la filière automobile, un effort supplémentaire, grâce au développement du crédit-impôt recherche (CIR), de 400 millions d’euros doit être fourni pour soutenir les PME-PMI de la sous-traitance. De même, le gouvernement va faire appel au Grand emprunt, à hauteur de 350 millions d’euros, pour répondre à des besoins particuliers de financement.
Loin d’être perdue, la bataille peut être victorieuse. On sait, par exemple, que beaucoup d’éléments de la production allemande automobile sont fabriqués à l’étranger avant d’être assemblés en Allemagne -c’est le cas par exemple d’un luxueux 4×4 allemand qui est fabriqué à 85% à Bratislava avant d’être assemblé à Leipzig.
Le plan de soutien français offre à l’automobile « fabriquée en France » les clés pour changer de braquet, et devenir un gage de qualité, de fiabilité et reconquérir sur l’image japonaise une renommée mondiale dans le domaine de la protection de l’environnement.
Innovante, volontaire et massive, notre stratégie permettra d’inverser une tendance fatale, qui assèche, à terme, notre capacité à créer des emplois. Elle renforcera alors l’amélioration de la compétitivité industrielle, dont les maux ne sont pas les 35 heures ni même seulement son coût du travail excessif, mais un manque de soutien à l’innovation. Avec la mise en place de la banque publique d’investissement, à destination, entre autres, des PME/PMI, le gouvernement actuel a toutes les armes en main pour relever, de manière efficace, le défi de la réindustrialisation et du redressement de la France.
Ce plan doit évidemment s’inscrire dans un renouveau des règles qui président aux échanges internationaux: si les accords de libre-échange sont indispensables au développement économique mondial, la réciprocité doit être la règle. Comme l’affirme François Hollande, l’Europe doit être ouverte mais ne peut pas être offerte. »
Christian Pierret
Ancien Ministre de l’Industrie
Maire de Saint-Dié-des-Vosges
Président de la Fédération des villes moyennes
Source : article publié sur le site internet www.huffingtonpost.fr
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